Une centaine de médecins tirent la sonnette d’alarme au sujet de la qualité de l’air à Bruxelles

rtbf.be
maandag 20 november 2017

Des médecins tirent la sonnette d’alarme ce lundi : la qualité de l’air est très mauvaise à Bruxelles. Ils sont une petite centaine de spécialistes à signer une lettre ce matin dans les journaux Le Soir et De Standaard adressée directement au gouvernement bruxellois. Pour les professionnels de la santé, il est urgent de réagir.

Ils sont 96 médecins généralistes et spécialistes à signer un constat alarmant : la population bruxelloise vit dans un air malsain et dangereux. Tous les ans, 632 personnes meurent prématurément en raison de la pollution à Bruxelles. Ce bilan est alourdi des chiffres wallons et flamands.

Les nanoparticules : des particules très fines présentes en grande nombre à Bruxelles

Lorsqu’on parle de pollution de l’air, il s’agit d’une part de pollution gazeuse, et d’autre part, de pollution liée aux particules fines. Ces dernières sont issues de la combustion de gaz et de carburant. Autrement dit, des polluants minuscules s’insinuent dans les moindres recoins de nos corps, tous les jours, à Bruxelles.

Selon Alfred Bernard, toxicologue, "Ces nanoparticules peuvent atteindre le cerveau"

Alfred Bernard, toxicologue à l’UCL, comme de nombreux experts, confirme ces faits. "Les nanoparticules sont potentiellement dangereuses car elles entrent dans le poumon profond. A partir de là, elles peuvent passer dans le sang et ensuite toucher d’autres organes.". Le spécialiste pointe un autre effet pervers : "Ces nanoparticules peuvent ensuite suivre le nerf optique et atteindre le cerveau".

Agnès Libois, infectiologue au CHU de Saint-Pierre

En pénétrant dans le cerveau, des études suggèrent que les particules fines peuvent influencer notre capacité d’apprentissage. Ces effets cognitifs sont principalement détectés chez l’enfant. Agnès Libois, à l’initiative de la carte blanche, explique ce phénomène. "Par exemple, chef l’enfant, on a montré que dans des écoles où la pollution de l’air était plus importante que dans d’autres, les tests de développement neurocognitifs de l’enfant se révélaient clairement moins bons que dans les écoles où la pollution était moindre."

Une situation qui pourrait être évitée

Les médecins s’inquiètent pour les Bruxellois et les navetteurs. Ils détaillent toutes les maladies provoquées par la pollution et ajoutent que l’espérance de vie se réduit. Cela pourrait être évité si Bruxelles appliquait les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé, c’est-à-dire respecter les taux de concentration moyenne de particules fines de 20 microgrammes par mètre cube.

Les signataires demandent donc des mesures énergiques : encouragement de la mobilité propre avec le découragement via la fiscalité de la mobilité automobile, ou encore l’interdiction du diesel, mais aussi des transports en commun efficaces. Pour ce faire, il est urgent, estiment encore les médecins, de lancer une campagne d’information et de fixer des objectifs ambitieux. La barre est placée beaucoup trop bas pour l’instant selon eux.

"Croire que Bruxelles peut agir seule, c’est un leurre"

"La qualité de l’air s’est améliorée depuis 2014, réagit Céline Frémault, ministre bruxelloise de l’Environnement, au micro de la RTBF. Mais c’est clair qu’elle reste encore aujourd’hui insuffisante. Ce n’est pas pour rien que la zone de basse émission a été adoptée vendredi dernier. Celle-ci va restreindre l’accès au territoire bruxellois pour toute une série de voitures polluantes à partir du 1er janvier 2018. Il n’empêche, estime la ministre, "croire que Bruxelles peut agir seule, c’est un leurre".

Ecoutez la réaction de Céline Frémault, ministre bruxelloise de l’Environnement